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ARTS VISUELS/ PLASTIQUES

J.VASCONCELOS (Analyse d'oeuvre : "Marylin'')

Par SANDRINE LAVY, publié le vendredi 27 mars 2015 10:07 - Mis à jour le vendredi 27 mars 2015 10:13




« Marilyn »

1/ Présentation de l'oeuvre :
- Nom de l'artiste : Joana Vasconcelos
- Nationalité de l'artiste : Portugaise
- Titre de l'oeuvre: « Marilyn »
- Dimensions de l'oeuvre : (2x) 290 x 157 x 410 cm
- Lieu d'exposition : Galerie des Glaces au Château de Versailles à Paris
- Date de l'oeuvre: 2011
- Date de l'exposition : De juin à septembre 2012
- Type d'oeuvre : Installation in situ
- Matériaux : Casseroles et couvercles en acier inoxydable de la marque « Silampos » + ciment

2/ Analyse descriptive :
Le lieu : Oeuvre créée pour être présentée dans la Galerie des Glaces (imaginée par Mansart sous Louis XIV), lieu de somptueuses cérémonies et d'importants évènements de l'Histoire de l'Humanité (ex : traité de Versailles de 1919 qui proclame la fin de la première guerre mondiale).
L'oeuvre : Elégante paire d'escarpins à talons hauts à échelle amplifiée qui procède de l'utilisation répétée de casseroles et couvercles utilisés au Portugal comme modèle courant de marmite à riz.
L'inox de « Marilyn » est aussi résistant que les boucliers des guerriers qui ont combattu tous ces
siècles et qui sont représentés dans les peintures des plafonds de la voûte par Charles Le Brun.
L'éclat métallique des casseroles s'associe aux refets des miroirs qui ornent l'arcade provoquant un jeu de refets déconcertant qui démultiplie l'espace à l'infini. Située à l'extrémité sud de la Galerie des Glaces, la monumentale paire d'escarpins renvoie le visiteur à l'immensité des succès remportés par la figure féminine absente, aussi grandioses que les victoires célébrées par Louis XIV et représentées par Charles Le Brun.
J.V allie l'objet domestique, utile au travail manuel artisanal avec la préciosité du luxe ce qui crée un décalage étonnant de valeurs et donc de l'humour.
Le gigantisme de l'oeuvre s'impose impérieusement pour combattre l'hypocrisie d'autrefois qui
passait sous silence des sujets que l'on n'évoquait pas : le place de la femme dans la société....Le gigantisme n'empêche pas la grâce, l'élégance surprenante et le détail du délicat, il coïncide avec le luxe, au rafnement le plus précieux, malgré l'accumulation de l'objet industriel, banal, désincarné.
Accumulation, gigantisme se dressent dans la vaste Galerie des Glaces telle une ode aux conquêtes de la femme dans les domaines public comme privé.
Jouant sur la répétition des éléments produits à l'échelle industrielle, l'artiste a aussi recours à des techniques de construction en séries, accumulant, structurant un nouveau message à partir de l'assemblage de pièces en aucun cas aléatoire. L'artiste transporte et met hors de son contexte tout objet qui semble avoir été fait pour une vie casanière.

3/ Analyse sémantique :
Le titre : « Marilyn » fait référence à Marilyn Monroe dont la gloire éphémère et la tragédie en a fait un mythe planétaire. Ces chaussures faites à partir de casseroles évoquent une Cendrillon qui a fui.
Elles révèlent un abandon et une impossibilité à être chaussées par quiconque.
Joana Vasconcelos en utilisant des objets domestiques déconstruit d'anciens concepts, certaines
valeurs, lie la réalité au rêve. Il est question ici de montrer l'illusion de l'apparence, du mythe, du rêve et d'y opposer le personnage ordinaire à travers des destins qui entre gloire et tragédie, comme celui de Marie-Antoinette ou de Marilyn Monroe, ont marqué les esprits de génération en génération.
En intitulant son oeuvre gigantesque « Marilyn » et en l'exposant dans un lieu mythique tel que
Versailles, J.V fait un raccourci historique et montre l'opposition entre mythe et réalité.
Le thème de la femme : Il y a encore peu d'années, les espaces de la femme portugaise se limitaient à
la maison, elles étaient dédiées à grandir, se marier et se multiplier, et passaient leur vie à nettoyer et décorer leur « prison ». Elles s'évadaient de leurs travaux domestiques et de leurs tâches ménagères grâce à leur créativité fonctionnelle d'une infinie délicatesse (artisanat).
Joana Vasconcelos libère la femme en mettant la cuisine sur le devant de la scène (arts plastiques).
Finalement, chaque objet, bien qu'il soit familier et apparemment innofensif, contient en lui une
puissance créative, révélant son secret. J.V montre ce qu'il cache. Désormais, on ne verra plus ces casseroles de la même manière. C'est une protestation visant à s'accaparer la nostalgie de certaines valeurs (la femme aux fourneaux dans un intérieur bien tenu) et de ne plus jamais imposer la réclusion de la femme.
Marie-Antoinette était enfermée à Versailles, qui a été sa prison dorée et à laquelle elle a tenté d'échapper en créant un univers qu'elle aimait. Elle a essayé de fuir la réalité dont elle été prisonnière et sa vie a semblé être une tentative d'évasion permanente. Avec le luxe (si bien décrit dans le film « Marie-Antoinette » de Sophia Coppola) dans les vêtements, les accessoires, la gastronomie et les fêtes, elle comblait le vide de son existence. Devenue impopulaire du fait de ses dépenses, elle étaitaussi l'instigatrice et l'objet de trahison et de complot, elle a infuencé Louis XVI dans sa politique réticente à tout changement.


Joana Vaconcelos :
« J'ai commencé à travailler sur la condition féminine et j'ai analysé ce qui résume la femme aujourd'hui, qui va de ses talons hauts à la cuisine et vice-versa... Voilà comment cela s'est fait. Je suis portugaise, je vais donc acheter des casseroles Silampos » (De J.V).
L'objet familier, industriel dans l'oeuvre : « Nos comportements vis-à-vis de l'objet oscillent entresurproduction et surconsommation dans un certain règne de l'éphémère, oubliant le caractère narratif de chaque objet. J.V les réintègre au cabinet de curiosités du quotidien. Nous vivons dans une période
intermédiaire paradoxale : les classes dépossédées sont priées de tout acheter, les objets et la « mal-bouffe » envahissent nos villes mais les modèles nous enjoignent à rester minces et à nous alimenter sainement. L'art contemporain a pris le contre-pied et a commencé à produire des objets qui se voulaient anti-esthétiques et en rupture avec la dynamique consumériste, les oeuvres n'étaient pas fnies, ne pouvaient plus être acquises : l'art contemporain a refusé le matériel et la beauté » (De J.V).
En utilisant une nouvelle perspective artistique et critique, elle tourne en dérision le rôle qui est traditionnellement attribué à la femme surtout la femme portugaise. J.V fait appel à des matériaux de l'univers domestique qui renvoient à la notion d'industrie. Et l'industrie est l'espace ambitieux de
l'homme, c'est la propension à l'illimité. Or, Joana Vasconcelos par son art libre et son humour veut devenir un individu, pas seulement une femme, mais un individu avec les mêmes droits de rêve et d'industrie que ceux dont les hommes ont toujours pu disposer. Versailles et le luxe : Louis XIII en 1624 fut séduit par la colline et ses forêts giboyeuses en y faisant construire un pavillon de chasse. Situé à 14 km au sud-ouest de Paris, Versailles est une cité royale à
partir de 1662 dont le château, modèle de l'art classique, fut construit par Le Vau, D'Orbay, Mansart et fut décoré sous la direction de Charles le Brun par la volonté de Louis XIV. Ses jardins et ses plans d'eau dessinés par Le Nôtre sont immenses. Louis XV puis Louis XVI (Guillotiné ainsi que son
épouse Marie-Antoinette) y résideront. Versailles est le centre du pouvoir qui a son époque la plus famboyante traversait une très forte crise des valeurs, crise politique liée à la folie économique : dans le château et à la cour, l'argent était dépensé à outrance quand à l'extérieur le peuple dépérissait.
La subversion de l'oeuvre de Joana Vasconcelos réside dans le fait qu'elle a l'apparence du luxe mais n'en a pas les moyens. Elle cultive cette ambiguïté, ce jeu entre la casserole et l'escarpin. Les casseroles sont dans la Galerie des Glaces, là où supposément devraient se trouver des produits
précieux, des oeuvres de valeur : « Je les sors des cuisines du château pour les mettre dans cet espace, je fais
l'invraisemblable. »
Le luxe c'est la fin de l'imagination, le début de l'annihilation qui consiste à adopter le même
comportement, à porter les mêmes chaussures et arborer les mêmes accessoires.
Versailles symbolise, incarne le luxe et le pouvoir, les conventions, les codes de l'apparence donc
exposer des casseroles est transgressif au regard des origines portugaises qui viennent dialoguer avec
le mythe français.
Le classicisme de Versailles dans son architecture réelle s'oppose avec le côté exubérant des idées,
excessif des bâtiments et de l'argent investi que l'on pourrait qualifier de baroque. Baroque dans ce
qu'il révèle de désir, de fantasmatique de montrer le pouvoir absolu, symbolique. (L. Marin).
Curieux raccourci de l'Histoire si l'on se remémore que le terme « baroque » vient du portugais
« barroco » qui désignait une perle irrégulière.