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ARTS VISUELS/ PLASTIQUES

Tous les articles (19)
  • JOANA VASCONCELOS

    7
    Par SANDRINE LAVY, publié le vendredi 1 juin 2012 09:44 - Mis à jour le vendredi 2 octobre 2015 13:51

    JOANA VASCONCELOS , château de Versailles 2012

     

    Joana Vasconcelos Versailles 2012
    Du 19 juin au 30 septembre 2012, le château de Versailles présente l'exposition Joana Vasconcelos Versailles dans les Grands Appartements et les jardins. (Le commissariat de cette exposition est assuré par Jean-François Chougnet)

    Nous sommes accueilli.es dans l’escalier Gabriel par Mary Poppins, vaste corps tentaculaire né d’un mélange inédit de tissus et d’objets préexistants, d’un assemblage de textures industrielles et d’étoffes cousues main.

    L’œuvre appartient à la série des Valkyries, que le visiteur retrouvera dans la galerie de Batailles où cinq œuvres textiles sont en suspension. Enorme et colorée, Mary Poppins lance dans l’espace six bras protecteurs à partir d’un corps central. A l’image des autres œuvres de la série, Mary Poppins affiche une joyeuse exubérance dans m’utilisation des ornements et des étoffes de différentes natures. Suspendue au plafond, cette étrange créature-lustre aux formes organiques improbables se détache du néo-classicisme épuré de l’architecture environnante.

     
                             
     
                 

     

    " Le château de Versailles est le lieu de l’art par excellence, un lieu dans lequel les artistes se sont toujours sentis chez eux, l’investissant non comme un lieu d’exposition, mais bien comme un lieu habité par l’art. C’est un espace plein, complet, riche, où rien en apparence ne semble pouvoir être ajouté. C’est le décor idéal pour célébrer l’audace, l’expérimentation et la liberté ; le génie créatif apprécié comme nulle part ailleurs.

    Si mon travail se développe autour de l’idée que le monde est un opéra, Versailles incarne l’idéal opératique et esthétique qui m’anime. Les œuvres que je propose existent pour ce lieu, je les vois liées à Versailles, de manière intemporelle. Quand je parcours les salons du Château et ses jardins, je sens l’énergie d’un espace qui gravite entre la réalité et le rêve, le quotidien et la magie, le festif et le tragique. J’entends encore l’écho des pas de Marie-Antoinette, la musique et l’ambiance festive des salons. Comment serait la vie à Versailles si cet univers exubérant et grandiose était transféré à notre époque ?

    Interpréter la dense mythologie de Versailles, la transporter dans la contemporanéité, évoquer la présence d’importantes figures féminines qui l’ont habité, en s’appuyant sur mon identité et mon expérience de femme, portugaise, née en France, sera certainement le défi le plus fascinant de ma carrière ".  Joana Vasconcelos


    Une video sur le travail de Joana Vasconcelos

    http://www.youtube.com/watch?v=-N6JZ6QsWjs

  • Joana VASCONCELOS

    9
    Par SANDRINE LAVY, publié le vendredi 27 mars 2015 11:08 - Mis à jour le vendredi 2 octobre 2015 11:40

    JOANA VASCONCELOS , château de Versailles 2012

     

    Joana Vasconcelos Versailles 2012
    Du 19 juin au 30 septembre 2012, le château de Versailles présente l'exposition Joana Vasconcelos Versailles dans les Grands Appartements et les jardins. (Le commissariat de cette exposition est assuré par Jean-François Chougnet)

    Nous sommes accueilli.es dans l’escalier Gabriel par Mary Poppins, vaste corps tentaculaire né d’un mélange inédit de tissus et d’objets préexistants, d’un assemblage de textures industrielles et d’étoffes cousues main.

    L’œuvre appartient à la série des Valkyries, que le visiteur retrouvera dans la galerie de Batailles où cinq œuvres textiles sont en suspension. Enorme et colorée, Mary Poppins lance dans l’espace six bras protecteurs à partir d’un corps central. A l’image des autres œuvres de la série, Mary Poppins affiche une joyeuse exubérance dans m’utilisation des ornements et des étoffes de différentes natures. Suspendue au plafond, cette étrange créature-lustre aux formes organiques improbables se détache du néo-classicisme épuré de l’architecture environnante.

     
                                                                                                           
    " Le château de Versailles est le lieu de l’art par excellence, un lieu dans lequel les artistes se sont toujours sentis chez eux, l’investissant non comme un lieu d’exposition, mais bien comme un lieu habité par l’art. C’est un espace plein, complet, riche, où rien en apparence ne semble pouvoir être ajouté. C’est le décor idéal pour célébrer l’audace, l’expérimentation et la liberté ; le génie créatif apprécié comme nulle part ailleurs.

    Si mon travail se développe autour de l’idée que le monde est un opéra, Versailles incarne l’idéal opératique et esthétique qui m’anime. Les œuvres que je propose existent pour ce lieu, je les vois liées à Versailles, de manière intemporelle. Quand je parcours les salons du Château et ses jardins, je sens l’énergie d’un espace qui gravite entre la réalité et le rêve, le quotidien et la magie, le festif et le tragique. J’entends encore l’écho des pas de Marie-Antoinette, la musique et l’ambiance festive des salons. Comment serait la vie à Versailles si cet univers exubérant et grandiose était transféré à notre époque ?

    Interpréter la dense mythologie de Versailles, la transporter dans la contemporanéité, évoquer la présence d’importantes figures féminines qui l’ont habité, en s’appuyant sur mon identité et mon expérience de femme, portugaise, née en France, sera certainement le défi le plus fascinant de ma carrière ".  Joana Vasconcelos


    Une video sur le travail de Joana Vasconcelos
    http://www.youtube.com/watch?v=-N6JZ6QsWjs

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    Problématique et analyse

    Joana Vasconcelos évoque la condition des femmes, condamnées à cuisiner et à porter des talons hauts tout en faisant d’elles une installation monumentale. »

    Dans cette sculpture, Joana juxtapose la dualité de rôles de femme dans la société – le rôle domestique(intérieur), qui traite avec la maison, s’occupant de la famille, etc et la sphère sociale, qui exige que des femmes recourent aux mesures artificielles et inconfortables pour apparaître plus socialement complaisantes.” Ana Rodrigues

    Date de création et contexte historique: 2011, au Château de Versailles

    Auteur

    Joana Vasconcelos est née à Paris et vit et travaille à Lisbonne .

    Suivant les traces de l’artiste américain Jeff Koons , le français Xavier Veilhan et Bernar Venet, et les Japonais Takashi Murakami , Joana Vasconcelos sera la première femme et la plus jeune artiste contemporain à exposer à Versailles.

    Interprétation de l’œuvre

    C’est une accumulation de marmites métalliques et brillantes en forme de chaussure à talon aiguille géante, d’une échelle monumentale.

    La surface brillante et réfléchissante des marmites donnent un caractère dur à ses chaussures clinquantes, rien de chaud dans ces marmites détournées de leur fonction. Non, c’est une image de femme qui a quitté ses fourneaux, d’une femme polie, d’une femme brillante, réfléchissante que l’artiste nous livre , l’image d’une femme élégante, raffinée (l’assemblage des marmites est parfait, suivant les courbes du pied), d’une femme entrant dans le monde de l’art et de l’histoire avec brio. « La femme doit être séductrice et cuisinière alternativement » Philippe Dagen

    L’artiste crée un contraste saisissant avec le décor de Versailles : quelle est cette reine, cette princesse entrée au palais, laissant ses chaussures sur le parquet ? Une géante Cendrillon ?

    Vasconcelos s’approprie, décontextualise et subvertit les objets préexistants et les réalités quotidiennes. Elle joue avec les changements d’échelle. Le spectateur devant ces chaussures doit se sentir tout petit face à ces escarpins géants et métalliques. L’artiste travaille le rapport au corps dans cette oeuvre, corps de la femme magnifié, monumentalisé mais aussi la perception par le public.

    Quelle action effectue l’artiste pour réaliser son oeuvre ? Empiler, emboîter, accumuler, disposer, agencer de façon plastique des marmites en occupant un grand espace. C’est bien le geste de la ménagère qui cherche des solutions économiques pour ranger ses casseroles dans ses placards, toujours trop grosses ou envahissantes.

     

     

    Rapport à la problématique

    La femme est représentée de façon monumentale, elle occupe toute la place de la salle, se réfléchissant même dans les glaces.

    « Si Joana Vasconcelos prends des airs de coquette et surjoue la féminité, c’est pour mieux en dénoncer les lieux communs ». Philippe Dagen

    Vocabulaire spécifique

    Accumulation

    Changement d’échelle

    Monument

    Action

    Geste

    Prolongements et rapprochements avec d’autres œuvres artistiques

    Arman a été le premier à réaliser des accumulations d’objets pour en faire des œuvres d’art.

     

     

  • LOUISE BOURGEOIS

    3
    Par SANDRINE LAVY, publié le vendredi 27 mars 2015 15:43 - Mis à jour le vendredi 27 mars 2015 16:59

    Du haut de ses 96 ans, Louise Bourgeois évoque ses souvenirs d’enfance comme si elle parlait de ceux d’hier. Avec cette vitalité et ce franc-parler qui l’ont toujours caractérisée. « Tout mon travail des cinquante dernières années, tous mes sujets, trouvent leur source dans mon enfance. Elle n’a jamais perdu de sa magie, de son mystère, ni de son drame », écrit-elle.

    La maison cellule
    Dès l’entrée de l’exposition, Cell, une reproduction en marbre rose de la maison de famille de Choisy-le-Roi surmontée d’une guillotine donne le ton : chez Louise Bourgeois, l’art constitue un exorcisme. De son deuil de la France qu’elle quitte en 1938 pour aller vivre à New-York. Et surtout, des traumatismes de son enfance. « Cell (cellule en français), ce sont les gens qui se guillotinent à l’intérieur de leur famille », explique t-elle.

    La démolition du père
    L’artiste reçoit une éducation bourgeoise au début du 20ème siècle à Choisy. « Louise a eu une jeunesse dorée. C’est idiot de dire cela », fustige la « vieille dame » à l’esprit toujours aussi affûté. « Ma jeunesse fut pénible aussi. Avec des traumatismes. Il y avait comme un virus au sein de la famille ». Ce virus, c’est son père et les maîtresses qu’il ramène dans la maison familiale. La cruauté de ce père, traître et moqueur, prenant plaisir à humilier sa fille, la Louise adulte ne l’a jamais oubliée. D’où la nécessité de « recréer le passé sans quoi, on étouffe ». Et par cette confrontation, de régler ses comptes. Ainsi, dans la pièce The destruction of the father, Louise Bourgeois liquide la figure paternelle au milieu d’une cave recouverte de mamelles et de phallus dans une sorte de festin cannibale. Et en fait une créature monstrueuse, un sphinx qu’elle dote de deux paires de seins et à qui elle coupe la tête (Nature study). « Puisque j’ai été démolie par mon père, pourquoi est-ce que je ne le démolirais pas ? », s’interroge t-elle.

    La mère araignée


    Face à cette figure paternelle destructrice, une figure maternelle protectrice. La mère de Louise Bourgeois, c’est cette couturière, cette tisseuse… cette araignée omniprésente dans l’œuvre de l’artiste . Tantôt géante, en acier, tantôt visible uniquement pour le visiteur attentif, la mère araignée c’est cette « amie, parce que ma meilleure amie était ma mère, et qu’elle était aussi intelligente, patiente, propre et utile, raisonnable et indispensable qu’une araignée ».

    L’art comme restauration
    La maternité, la féminité, le corps, le couple, la sexualité, l’enfance… Autant de thèmes obsessionnels gravitant autour de celui de la famille. Qu’ils soient traités, selon les époques, sous forme de personnages totems en bois, de sculptures en latex, en plâtre, ou de figurines en tissu, tous témoignent d’une lutte quotidienne de l’artiste contre la dépression et la peur de ne plus être aimée. Le travail artistique tend ici à la réparation, à la restauration.
    La fascination pour la sexualité
    Et Louise Bourgeois va jusqu’au bout dans son désir d’exorciser le passé. Elle outrepasse même les interdits. Rejoue la « scène primitive » en représentant la chambre conjugale dans Red Room. Dénonce le traumatisme de la promiscuité par une orgie de personnages en tissu rose dans Seven in bed, redonnant par là même forme au complexe d’Œdipe. En nommant Fillette une sculpture de pénis en latex, elle repousse encore plus loin les limites, s’interrogeant sur l’ambivalence entre le féminin et le masculin. Dans son approche de la sexualité, de l’identité et du corps, Louise Bourgeois fait figure de pionnière. En presque cent ans, elle a traversé le surréalisme, l’expressionnisme, l’abstrait … sans jamais appartenir à un seul de ces mouvements. Unique, cette artiste pour qui la vie est indissociable de l’art ne cesse de créer pour faire revivre cette enfance qui l’a tant marquée. Choquante ? Peut-être bien. Mais surtout profondément touchante.
     https://www.youtube.com/watch?v=cjho_BJ2KsE

    Louise Bourgeois est considéré e comme l’une des plus grands artistes. Grâce à un voyage extraordinaire à l’intérieur de sa propre psyché, elle produit de nouvelles formes dans tous les domaines : peinture, sculpture, imprimés, dessins, collages, installations et constructions monumentales. Elle peut tout autant créer des formes ondulatoires dans du marbre qu’utiliser une ancienne robe de sa mère dans une de ses sculptures, recycler une bouteille de parfum Shalimar ou une vieille chaise électrique. Peu d’artistes ont couru le risque que Louise Bourgeois a su saisir dans l’utilisation des matières. Mais c’est l’exorcisme qu’elle est capable de dégager en manipulant ces matériaux q u’elle recherche. Son art est une réponse aux transformations historiques et personnelles de notre temps. « L’art est une garantie de santé mentale. C’est la définition du libre - arbitre. » Louise Bourgeois Pour Louise Bourgeois, le passé est présent d ans notre quotidien, provoquant une spirale sans fin d’émotions, de trahisons et de pertes. Ses préoccupations sont les thèmes universels de l’enfance et de la famille : comment transmettre la colère, panser les plaies, étancher la jalousie, mettre au mond e un enfant et transcender la vieillesse. Elle a su subvertir la tradition de la production artistique pour servir son propos, la prendre à part, la retourner et la réinventer radicalement. Cette « tradition », ce n’est rien d’autre que Michelangelo, Breug hel, Brancusi, Picasso Duchamp et Warhol. Son art nous montre ce qu’est un humain habitant son propre corps – un corps né des traumatismes, en proie aux pensées, à la peur, aux fantaisies, aux désirs et aux conflits biologiques, historiques et familiaux. Elle fait un art de tout. Nous sommes mal à l’aise face à son travail. Nous sommes, comme dans un rêve, impliqués dans une confrontation entre notre quotidien, notre passé et les infinies possibilités de l’art et la vie. Comme Freud devant Michel - Ange, L ouise Bourgeois appelle aussi son spectateur à revivre les anciennes peurs liées aux fureurs parentales et, grâce à la sublimation artistique, à jouir de la transformation de l’angoisse ancienne en présent plaisir esthétique

     

    Le dessin est la première approche créatrice de Louise Bourgeois, la source de tout son travail, le fond d'où surgissent les sculptures . Bien que l'un de ses professeurs, Fernand Léger, lui ait annoncé en voyant un de ses dessins sa vocation de sculpteur, Louise Bourgeois est essentiellement, jusqu'à la fin des années 40, peintre, dessinateur et graveur . Elle appelle ses dessins des "pensées-plumes", c'est à dire des idées qu'il faut saisir au vol et fixer comme des papillons : le dessin est indispensable, parce que toutes ces idées qui viennent, il faut les attraper comme des mouches quand elles passent, et puis alors, que fait-on des mouches ou des papillons, on les conserve et on s'en sert : ce sont des idées bleues, des idées roses, des idées qui passent, et puis d'un dessin, on fait une peinture, et de la peinture, on fait des sculptures, parce que la sculpture c'est la seule chose qui me libère.

    Cette activité régulière, autonome et parallèle à la sculpture est pour elle une sorte de journal intime de notations de sentiments, d'idées visuelles qui donneront ou non naissance à des sculptures. Louise Bourgeois dessine de façon quasi-obsessionnelle, répétitive, avec beaucoup de plaisir : exercice de révélation plus que d'exorcisme, qui lui permet de dérouler ainsi au fil de sa plume l'écheveau complexe de ses souvenirs, et des images multiples suggérées par de fortes émotions. Le dessin, par son caractère impulsif et spontané, proche en cela de la vérité expressive du dessin d'enfant, favorise le lien avec l'inconscient . C'est le moyen d'accès le plus direct aux images originelles, aux lieux enfouis de la mémoire : transcription plus automatique encore que celle de l'écriture, puisque la forme créée et le sens s'élaborent au fur et à mesure de l'inscription de la trace : Ce que  vous avez écrit devient visible, mais je veux plus que ça, je veux que le visible devienne tangible.

    Le statut de ces oeuvres est unique, différent du dessin traditionnel de sculpteur qui auraient une valeur préparative. En effet, les dessins sont longtemps restés secrets, accrochés en séries dans l'atelier ou enfouis dans des tiroirs. Louise Bourgeois ne les montrait que rarement dans des expositions et les conservait comme des documents intimes à usage personnel.

    Pour se soumettre au besoin impérieux de dessiner, Louise Bourgeois répond à toutes les sollicitations du support ; toute surface vierge se trouvant alors sous sa main est susceptible de recevoir une trace, une inscription, une ébauche-de dessin, support utilisé souvent recto-verso : enveloppe, papier à petits carreaux, papiers de couleurs, cartons, toile émeri etc ... L'artiste utilise parfois de beaux papiers blancs, pour certains grands dessins "achevés", les autres plus "brouillons" sont faits dans l'urgence . Les techniques employées changent en fonction du style et des nécessités formelles, mais elle marque cependant une prédilection pour le fusain et les encres noires ou colorées . Ses couleurs préférées sont le rouge, symbole de l'intensité des émotions, le bleu qui représente le rêve, l'irréel, l'évasion, la paix et le blanc pour effacer et "retourner à la case départ " .

    Suivre le fil du déroulement des dessins de Louise Bourgeois permet en fait d'aborder de nombreux aspects de sa démarche créatrice : c'est le fil conducteur de sa personnalité qui se révèle directement sur toutes ces pages de papier. Il faut que les événements s'enchaînent comme le fil d'un tricot, dit-elle de ses souvenirs . La prolifération quasi organique et constante du dessin permet toutes les métamorphoses et le passage d'un thème à un autre.
    Les dessins sonts faits dans l'urgence pour exorciser les peurs .

    ENTRETIEN AVEC L'ARTISTE
    par Marie-Laure Bernadac
    (extraits du catalogue de l'exposition aux Editions du Centre Pompidou)
    ( .)

    Je voudrais que l'on commence par vos premiers dessins
    J'ai du mal à parler du passé, je ne peux y revenir . Je suis toute dans le présent, qui mobilise mon attention, le passé me fait peur . Je fais beaucoup de dessins, jour après jour ; je répète, car je ne suis pas satisfaite . Si ce n'est pas convaincant, je continue .
    C'est ma férocité d'être entendue . Sous mes airs de sainte nitouche, il y a le désir de plaire. On peut remarquer deux styles de dessins, des abstraits géométriques, et des figuratifs.
    Je préfère les dessins abstraits, car ils sont plus lisibles que les formes représentatives.
    Vous avez dit un jour que les dessins étaient des 'pensées plumes" ?
    Oui, les dessins sont des pensées-plumes, ce sont des idées que j'attrape au vol et que je mets sur le papier. Toutes mes pensées sont visuelles . Mais les sujets traités dans les dessins ne sont souvent traduits dans la sculpture que plusieures années après . Par conséquent, il y a beaucoup de choses qui apparaissent dans les dessins et qui ne sont jamais explorées.
    Il y aurait deux catégories de dessins, ceux pour les sculptures et ceux que l'on peut qualifier d'autonomes ?
    Oui, mais ce n'est pas volontaire, c'est par manque de temps. J'ai toujours l'impression que je n'aurai jamais assez de temps pour dire tout ce que j'ai à dire.
    Il y a donc des sujets qui ne sont traités qu'en dessin, qui ne trouvent pas d'autres moyens
    d'expression ?

    C'est ça . Mais comme les sujets sont récurrents, ce qui est dit dans un dessin risque fort d'avoir été dit dans le passé d'une autre façon. On retrouve les mêmes thèmes qu'en sculpture. (...)
    Dans vos dessins, il y a beaucoup de choses qui pendent, qui sont suspendues ?
    Cela vient d'un souvenir d'enfance, en France . Je pense que mes parents avaient honte d'avoir un si beau jardin . Ils considéraient que c'était leur devoir de rendre leur jardin utile. Par exemple, on faisait de l'eau-de-vie, du poiré, et des conserves pour l'hiver . On suspendait dans une salle des nattes d'oignons, des haricots verts enfilés, etc . Mon père avait également suspendu dans le grenier des meubles, des chaises et des fauteuils ... Ca vient de là. Tout cela me fait penser à Balzac, au cousin Pons ou à Eugénie Grandet . J'ai un très grand désir de revanche contre mon père qui essayait de faire de moi une Eugénie Grandet . Ma mère était une féministe, elle ne discutait jamais avec son mari, mais elle disait :"Il faut que tu ailles à l'école, il n'y a que ça qui compte . Sans ça, ton père va se retourner contre toi, et te dire : Tu n'es qu'une bonne à rien, puisque tu n'es même pas mariée" . D'un côté il disait cela, et de
    l'autre, à chaque fois qu'un type se présentait, laid ou beau, il le trouvait impossible.
    (...) Et toute cette série de dessins très noirs, entièrement couverts ?
    Ah oui, je sais ce que c'est. C'est la pluie qui n'arrête pas de tomber . C'est un souvenir d'enfant. Dans la ferme à Antony, nous avions des chiens. On pourrait mettre comme titre "Pyrame". Un jour, Pyrame est mort . Mon père n'a pas osé me dire : "Va enterrer le chien ."
    Ma mère aurait trouvé que c'était cruel, elle lui a fait honte . Alors il est allé dans le jardin ; mais comme il était paresseux comme tout, il a fait un trou dans le fumier. Il s'est mis à pleuvoir pendant une semaine, et le chien est réapparu . Voilà le sort de Pyrame, c'est lui qu'on voit là, cette petite tache.
    (...) Et les ciseaux ?
    Ca, c'est très agressif. C'est une façon de dire : tu crois que je suis bête, mais je peux me défendre . C'est une self-affirmation . J'essaye de faire peur aux gens . Mais ces objets menaçants, ce sont les outils de l'atelier, les sécateurs, les pinees . Les petits ciseaux pendus aux grands, c'est moi et ma mère . Je m'excuse d'être comme cela, mais finalement je suis comme ça.
    (. . .) Sur cette page d'écolière, vous avez écrit des centaines de 'je t'aime"
    "Je t'aime", cela fait partie du Tout. Je veux que l'on me pardonne ; je dis au type "Je t'aime "(je ne sais pas si c'est vrai) mais je veux qu'il me pardonne mon côté agressif . Vous me ferez deux cents lignes, ce sont les punitions de l'école . C'est écrit sur le lit de la sculpture de l'homme en arc hystérique.
    Comme titre, vous avez mis "Désir"
    Oui, parce que le désir est une chose défendue, pour laquelle il faut être punie. On trouve souvent dans vos dessins, des images de cercles, de spirales. Oui, mais ici, dans ce dernier, ce n'est pas un rond, c'est un ovale. Ce n'est pas une cible . Au lieu d'un centre, il y en a deux . D'où la forme ovale, l'oeuf est plus riche que le cercle.
    Quels sont vos matériaux préférés pour le dessin ?
    L'encre et le fusain. Ca, c'est la meilleure boîte . Les fusains ont tellement de valeur que je garde même les plus petits . Il y aussi les lames de rasoir et la gomme, indispensable, on peut tout effacer . L'encre, c'est définitif ; mais pas complètement car la meilleure encre c'est la blanche qui vous permet de passer par-dessus et de supprimer . Si je veux effacer quelque chose, je mets du blanc. Le négatif est plus important que le positif.
    Et les papiers ?
    J'essaye de trouver de beaux papiers, mais je prends aussi tout ce qui se trouve sous ma main, enveloppes, cartons, papier imprimé, etc.
    Quand vous faites des dessins très colorés, n'y a-t-il pas une envie de peinture ?
    Non, ce sont des sculptures . La peinture, c'est une perte de temps ; moi, je ne perds pas mon
    temps. (...)

    =================================================================



    Citations : Louise Bourgeois (1911 - 2010).

    *"Mes émotions sont trop grandes pour moi, alors elles m’embêtent et je dois m’en débarrasser. Mes

    émotions sont mes démons "
     
    *«L’art est une garantie de santé mentale. C’est la définition du libre arbitre.»

    *"Dans mon art je suis l'assassin, dans la vie je suis une petite souris."


    *«Certaines personnes sont tellement obsédées par le passé qu’elles en meurent. Si votre volonté est de refuser d’abandonner le passé, vous devez le récréer. Vous devez faire de la sculpture.»
     

     
  • Marcel Duchamps

    2
    Par SANDRINE LAVY, publié le vendredi 27 mars 2015 14:46 - Mis à jour le vendredi 27 mars 2015 14:46

    FICHE HISTOIRE DES ARTS 3ème Thématique :
    « Arts, techniques, expressions » ; « Arts, ruptures, continuités » Domaine : Arts du visuel.



    «Marcel Duchamp, La Roue de bicyclette» 1913/1964 (réédition)
    L'original, perdu, a été réalisé à Paris en 1913. La réplique réalisée en1964 sous la direction de Marcel Duchamp par la Galerie Schwarz, Milan, constitue la 6e version de ce Ready-made. Assemblage d'une roue de bicyclette sur un tabouret Métal, bois peint 126,5 x 31,5 x 63,5 cm


    «La Roue de bicyclette»  est souvent considérée comme le premier readymade
    de Marcel Duchamp. Mais cette oeuvre n'est pas encore un vrai
    ready-made puisque l'artiste y est intervenu en fixant la roue de vélo sur le
    tabouret.

    Ready-made : littéralement « déjà terminé », Duchamp le définit comme un "objet usuel promu à la dignité d'objet d'art par le simple choix de l'artiste" (article "Ready Made" dans le Dictionnaire abrégé du surréalisme).

    Marcel Duchamp, Fontaine, 1917, ready-made d'un urinoir.
    Description :
    L’oeuvre est un urinoir de couleur blanche, posé à l'envers sur un socle. Constituants de l’oeuvre (ce qui concerne le dessin, la couleur, les matériaux, le support … etc )
    L'artiste n'a pas fabriqué cet objet, pourtant il a effectué différentes opérations :
    *Choisir l'objet : Duchamp achète l'urinoir à la compagnie new-yorkaise de sanitaire « Mott Works ».
    *Changer la position : Duchamp pose son urinoir sur la partie plate, celle qui est habituellement contre le mur.
    *Changer le contexte : l'urinoir n'est pas contre le mur d'un WC publique mais sur un socle dans une exposition
    *Renommer l'objet : l'urinoir s'appelle Fontaine.
    *Signer l’oeuvre :
    il s'inspire du nom « Mott Works » qui, en altérant légèrement l'orthographe, devient Mutt. Intentions de l'artiste (ce que veut dire l'artiste dans son oeuvre)
    L'urinoir original fut perdu par Arensberg (le collectionneur et mécène de Duchamp), il fut remplacé par des répliques. C'est l'idée, et non pas l'objet, qui a été sauvegardée.



    Ce qui importe pour Duchamp ce n'est pas le qualité individuelle ou manuelle de l'art mais la démarche, l'intention de l'artiste. Contexte historique
    Fernand Léger rapporte avoir visité une exposition technologique aéronautique en compagnie de Brancusi et de Duchamp où ce dernier aurait déclaré : « Qui pourra faire mieux que cette hélice ? Dis-moi, tu en serais capable, toi ? » Cette déclaration illustre le dilemme de l'artiste visuel confronté aux réalisations d'une ère industrielle en plein essor (la fabrication mécanisée permet la production en série, en masse des objets) et de leur intrusion dans la vie quotidienne. Cette déclaration souligne qu'un artiste ne maîtrise pas simplement un savoir-faire ou une technique (ce que sait très bien faire une machine) mais qu'il doit avoir une démarche.

    Quelques dates :
    1870-1920 : Seconde révolution industrielle.
    1911 : Frederick Winslow Taylor expose dans son livre The Principles of Scientific Management sa théorie (taylorisme) : une organisation du travail cherchant la meilleure façon de produire en ayant un rendement maximum.
    1908 : Henry Ford invente une voiture : la Ford T. Pour la produire il reprend des principes du taylorisme en ajoutant les notions de travail à la chaîne et la standardisation (le fordisme) Biographie de l'artiste
    Duchamp fait parti des membres fondateurs de la « Société des artistes indépendants »mais lors de l'organisation d'une exposition en 1917, un détail lui ayant déplu : il décide de provoquer le comité d'accrochage des oeuvres avec sa fameuse Fontaine .
    L'oeuvre ne figura pas au catalogue d'exposition et elle demeura introuvable lors de l'exposition, finalement on la retrouva cachée derrière une cloison. Autres oeuvres
    En inventant le notion de ready-made, Marcel Duchamp démontre que l'artiste doit surtout avoir une démarche artistique plutôt qu'un savoir-faire. De plus, il est conscient de la part de plus en plus importante des objets dans la société de son époque, mais aussi, par extension dans la nôtre. Son oeuvre est donc toujours d'actualité.

    Artiste, joueur d’échec, il est l’inventeur du «ready-made» , un objet trouvé et désigné comme un objet d'art. L'attitude du ready-made consiste, initialement, à simplement choisir un objet manufacturé et le considérer comme oeuvre d'art. Cette démarche a donné naissance à une grande partie des pratiques artistiques actuelles, qu'elles s'en réclament ou s'en défendent. Le ready-made a remis en question un certain nombre de certitudes sur lesquelles reposait l'art, comme les notions de virtuosité et de savoir-faire. L'oeuvre, peut-être désormais conçue comme résultante de l'exposition et de l'acte de nommer. Effectivement, les ready-made sont des oeuvres d'art qui n'ont pas été réalisées par l'artiste, ce dernier n'intervient en effet que pour les sélectionner, changer leur contexte et leur statut par la désignation
    Arracher un produit industriel à sa fonction utilitaire classique pour l'exhiber en tant que pure forme conduit justement le regard du spectateur et de la spectatrice à s'intéresser à cet objet pour lui-même. la présentation de la forme doit déclencher le jeu des représentations symboliques associées spontanément à ces formes. La présentation matérielledevient accessoire quand l'essentiel est dans la représentation mentale.

    http://www.ina.fr/playlist/art-et-culture/marcel-duchamp-1887-1968-portrait.302642.CPD07011070.oui.fr.html

    http://www.centrepompidou.fr/education/ressources/ens-duchamp/ens-duchamp.htm

  • MARTIN PAAR

    Par SANDRINE LAVY, publié le jeudi 11 octobre 2012 16:26 - Mis à jour le vendredi 27 mars 2015 12:27

     MARTIN PAAR

    Martin Parr, USA, Hollywood, Attendees at a charity function, série Luxury, 2000
    Couleurs voyantes, motifs bizarres et narrations concises sont les caractéristiques de la photographie de Martin Parr (né à Bristol en 1952). Si plusieurs de ses images peuvent paraître excessives dans leur propos, elles sont toujours étonnamment inventives et pleines d’humour. Pendant plus de trente années, Martin Parr a réalisé un vaste travail documentaire sur la société occidentale, principalement en Grande-Bretagne, son pays d’origine. Mais il s’est aussi intéressé aux phénomènes de la mondialisation tels que le tourisme de masse, les comportements consuméristes ou le soi-disant temps libre. Son travail est aujourd’hui considéré comme une satire de la vie contemporaine démasquant le grotesque dans le banal.

     

     

    Martin Parr - Japan. Miyazaki. The artificial beach inside the ocean dome. Série "Small World !", 1996 Pointer le ridicule de Mme et M. Tout-le-Monde Cette plage artificielle japonaise, à quelques kilomètres d’une vraie plage, illustre l’absurdité de l’existence humaine. Pour Martin Parr, le “touriste” est un individu privé de liberté dans sa façon de se vêtir, de voyager, de se faire plaisir. Il va à la découverte de ce qu’il connaît déjà. Les clichés de sa série “Small World !” >  photos stéréotypées des touristes

     

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    Planète Parr. La collection de Martin Parr
    30 juin – 27 septembre 2009
    Marta Gili, directrice du Jeu de Paume :

    Consommation, affiliation et identité : trois concepts sur lesquels Martin Parr
    élabore une grande partie de son œuvre. Ses images, désormais célèbres, déclinent en effet quelques uns des paradoxes actuels de la mondialisation : rapports sociaux et comportement grégaire, décloisonnement des frontières entre espace public et espace privé, déplacements et tourisme de masse, redéfinition des sentiments
    d'appartenance et des sentiments identitaires  ...
    En bref, elles donnent la vision d'une société dans laquelle biens symboliques et biens matériels empruntent les mêmes voies rapides, se croisent, s'intercalent, et très souvent fonctionnent sur les mêmes modes.

     

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    Né à Epsom en 1952, Martin Parr a grandi dans une famille de la classe moyenne de la grande banlieue de Londres. Ses parents étaient passionnés d ́ornithologie, et son père l ́emmenait observer les oiseaux chaque semaine. C ́est son grand-père, George Parr, membre de la Royal Photographic Society, qui l ́a initié à la pratique photographique.
    Peu scolaire, le jeune garçon manifeste très tôt sa curiosité pour les activités artistiques.

    Son premier reportage (scolaire), dans un hôpital psychiatrique, soulève quelques réticences de la part des professeur.es, mais Parr poursuivra néanmoins son travail de prélèvement photographique sur le mode de la chronique sociale. Pour son diplôme, en 1973, il construit un environnement réunissant des objets, des cartes postales et ses photographies ; le tout est accroché dans un décor de chambre à coucher cosy et agrémenté de parfum bon marché et de musique de variété. Le titre est ''Home Sweet Home''.

    Au cours des années qui suivent,  il réalise des compositions complexes, sans indulgence à l ́égard des modèles, Martin Parr intègre le vocabulaire de l ́imagerie populaire et utilise jusqu ́à l ́excès les couleurs criardes, en dépit de l ́opposition traditionnelle des cultures high et low.. Parr se voit parfois reprocher d ́associer à sa démarche documentaire une esthétique de la séduction qui recourt à l ́exagération ou au grotesque. Il entend ainsi déjouer les pièges d ́un supposé « bon goût », attitude qui l ́a toujours conduit à s ́intéresser à la rencontre entre les images et les objets – «souvenirs » ou « dérivés » –, et à accumuler les éléments décoratifs ou les ustensiles illustrés de son temps. Il cherche à faire apparaître tant les caractéristiques culturelles des différents pays que leur nivellement et leur globalisation. Le spectateur peut ainsi associer certains signes de la mondialisation avec des expériences visuelles, lier l ́individuel au collectif et valoriser la singularité qui subsiste malgré tout dans les pratiques de chacun.
     
    OEUVRES :

    Les photographies :
    Caractérisée par la dérision et l'ironie, l'œuvre de Martin Parr rejoint le domaine de la photographie documentaire, dont il propose une approche nouvelle. Son travail apparaît comme l'un des témoins privilégiés de la société britannique à l'époque de Margaret Thatcher. Joel Meyerovitz, William Eggleston et Stephen Shore ont une influence importante sur lui.  Il a travaillé sur de nombreux projets en réalisant des séries, par exemple sur le tourisme, où il montre le contraste entre l'attente et la réalité, ou encore une série sur lui-même, avec des prises sur plusieurs années, où il présente la même attitude. Il veut montrer les différentes techniques utilisées par les petites boutiques de photographie pour se faire tirer le portrait.  Martin Parr utilise un Plaubel Makina de moyen format, il s’équipe d’un objectif grand angle (55 mm) et d’un flash auquel il a recours même par temps lumineux. À partir de 1995, suite au changement d'appareil photo, ses clichés représentent des sujets en gros plan (série « Common Sense »)

    Les cartes postales  :
    L'éventail de cartes postales conservées par Martin Parr couvre toute l ́ histoire de cet objet imprimé et comporte plusieurs des premiers spécimens datant de la fin du XIX e siècle. Au début du XX e siècle, la carte postale sous forme de reportage est une production rapide et économique mais les potentialités techniques de la photographie favorisent également l ́ essor des cartes de fantaisie et inspirent de nombreux artistes. Le fonds de Martin Parr comprend notamment des cartes signées Warner Gothard (fondateur du studio Barnsley qui a fait sa spécialité des images d ́ accident) ou John Hinde (créateur, dans les années 1950, d ́ une agence de cartes postales, connues pour la qualité et la vivacité de leurs couleurs), des cartes postales de vacanciers ou encore des curiosités, à ́ exemple des boring postcards (cartes postales ennuyeuses) exaltant des vues d ́ autoroutes, d ́ immeubles préfabriqués, d ́ intérieurs privés ou publics. Ces cartes témoignent des usages variés dont ce mode de communication simple, bon marché et populaire a fait l ́ objet, ainsi que de l ́ invention d ́ un véritable langage visuel. À travers leur encadrement par séries, Martin Parr fait apparaître son intérêt pour la forme, les variations sur un thème et les possibilités d ́ un genre, ce qui renvoie à sa propre pratique

     

    Les objets :
    Divers objets jalonnent l ́accrochage : ils s ́apparentent à l ́ère des Spoutniks soviétiques, au « règne » de Maggie Thatcher, au succès du groupe pop des Spice Girls, à l ́attentat du 11 septembre... Autant d ́événements qui ont façonné la mémoire collective par leurs fréquentes évocations dans les médias, où l ́image joue un rôle fondamental. Ces objets ont été collectés par Martin Parr parce qu ́ils révèlent, en raison des différents discours qu ́ils soutiennent, les paradoxes de l ́esprit de son temps. Leur association par thème les charge de significations plus complexes qu ́il n ́y paraît : « J ́éprouve [...] une grande attirance pour les objets éphémères. Leur signification et leur contexte culturel se modifient à mesure que le monde change. Beaucoup de ces objets sont en lien avec des personnes ou des événements qui renvoient à la gloire révolue d ́époques et de lieux bien précis. Quand cette gloire s ́enfonce dans le passé, l ́objet prend une résonance nouvelle, et c ́est ce phénomène qui est au cœur des collections présentées ici. » Dans le hall du Jeu de Paume, un choi x d ́objets à l ́effigie de Barack Obama, pour certains vraiment extravagants, offre un exemple récent de la transformation d ́ éléments de consommation en slogans politiques. Préservatifs, produits alimentaires et cosmétiques affichant qu ́ « il est temps de faire un nettoyage » mêlent étrangement programme politique, sexualité et rituels corporels.

    films :
    Les films Trois films de Martin Parr sont présentés dans l ́ exposition : Vyvyan‘s Hotel (1998), Think of England (1999) et It‘s nice up North (2005). Small World (1986- 2005) Consacrée au tourisme de masse, cette série entreprise dans les années 1980 trouve une place très à propos dans le jardin des Tuileries, lieu touristique par excellence. Martin Parr y interroge la culture et le mode de consommation des classes moyennes. Il souligne en particulier leur attirance pour des objets, des tenues vestimentaires et des destinations stéréotypés, qui cohabite pa radoxalement avec un désir d ́ originalité ou d ́ aventure. Dans ces photographies désormais célèbres, le spectacle est au premier plan : armés de caméra vidéo, les touristes semblent davantage fascinés par les cartes postales et les bibelots que par les lieux qu ́ ils sont venus découvrir, un comportement auquel nul n ́ échappe

    La collection :
    Martin Parr
    est atteint de collectionnite aiguë. Tout y passe ou presque : souvenirs, cartes postales, gadgets en tous genres et photographies, bien sûr. Mais au-delà de toute passion, il en est une qu’il tient particulièrement en affection, au point de se voir parcourir le monde dans ce seul but : collectionner les livres photo. Avec pas moins de 12 000 livres amassés durant les 35 dernières années, sa collection forme l’une des plus importantes, si ce n’est, la plus importante au monde selon Simon Baker, conservateur en chef à la Tate Modern de Londres.

    C’est que l’histoire remonte à loin. Son intérêt pour le livre fait son apparition lorsqu’il étudie la photographie à la Manchester Polytechnic dans les années 1970. Mais le véritable déclic s’effectue la décennie suivante avec l’achat d’une édition originale de The Americans, de Robert Franck, puis d’une autre, The English at Home, de Bill Brandt. Il prend alors peu à peu conscience du marché juteux que représente le livre de photographies et s’en retrouve conséquemment l’un des plus heureux bénéficiaires. Car s’il dit avoir acheté de bons ouvrages comme de mauvais, il avoue volontiers que le montant total de sa collection, dont il ignore la valeur exacte, se chiffre probablement de façon « substantielle » affirme-t-il à la journaliste Liz Jobey dans une interview parue ce mois-ci sur le site du Financial Times. Mais nulle question d’en faire commerce. Il ne s’agit pas d’argent.

    Car si Martin Parr jouit aujourd’hui de l’éclosion du marché du livre de photographies, il y a également, en partie, contribué. A l’époque, ce qu’il cherchait n’intéressait qu’une petite poignée d’amateurs, en particulier au Japon. Quand il n’est pas en train de chiner, parfois même sur eBay ou dans les villes qu’il parcourt, Martin Parr se fie à ses "correspondants" déployés aux quatre coins de la planète, qui l’aident à dénicher les perles rares, comme en Chine, qui reste le seul territoire selon lui encore inépuisé.

    De toute évidence, le photographe, qui dit avoir tout appris de la photographie à travers les livres, se sent investi d’une mission : celle de constituer l’histoire du livre de photographies. D’une simple inclination, ce dernier fomentera un projet ambitieux, dont les émanations lumineuses permettront de pallier le désintérêt dont ont fait preuve les commissaires d’exposition qui, juge-t-il, ne lui ont pas accordé l’importance qu’il mérite. Ce qu’il souhaiterait pour l’avenir de la collection ? Qu’elle fasse l’objet d’une collection publique au Royaume-Uni, jusqu’alors inexistante. En pourparlers avec certaines institutions locales, le collectionneur n’a encore rien décidé pour le moment.

     



    Une vidéo concernant le travail photographique et documentaire de Martin Paar :

    http://www.dailymotion.com/video/x9sxa9_planete-parr_creation
    http://www.youtube.com/watch?v=qdgDogL9bGI

     

     

     

    DE L'IMPORTANCE DE CONNAÎTRE LES IMAGES (NATURE, FONCTION, STATUT)

    EN FRANCE, NOUS PERCEVONS ENTRE 350 et 2500 PUBLICITES QUOTIDIENNES !
    La question essentielle du « combien » est loin d’être triviale. Il existe assez peu de recherches à ce sujet : la question serait elle tabou ? Selon la méthode de calcul et surtout la définition du mot « publicité », ce nombre est très variable. Ainsi si nous considérons les supports publicitaires dits « above the line » (versus « below the line », ou hors média) comme TV, radio, l’affichage presse et cinéma, un calcul rapide considérant la consommation de médias en nombre d’heures par jour, de l’ordre de 6h/jour, multipliée par le nombre moyen de publicités diffusées par heure cela nous donne une première approximation de l’ordre de 350 publicités par jour et par personnes. Ce chiffre semble être une large sous-estimation de la pression publicitaire réelle pour plusieurs raisons. Bien entendu, Internet vient largement augmenter ce nombre de publicités lues ou entendues par jour par personnes tout comme la consommation simultanée de médias et surtout le nombre croissants de supports publicitaires « hors médias » vont radicalement faire croître les parts de publicités dans notre cerveau !

    En ce qui concerne la consommation simultanée des médias, selon une enquête de KR Médias, 71% des internautes de 13 à 24 ans surfent, par exemple, en même temps qu’ils écoutent la radio entre 21h et 22h alors que 40% des 25-34 ans surfent en même temps qu’ils regardent la télévision entre 20h et 21h. Considérant les médias classiques, la consommation simultanée de médias classiques, Internet (2h/j) ainsi que d’autres formes de publicités « hors médias classiques » comme les publicités sur les trams ou autobus, nous serions exposés chaque jour à environ 1.200 à 2.200 publicités.

     


    Arnaud Pêtre, chercheur en neuromarketing   http://www.etopia.be/spip.php?article569


     

     

     

     

     


     

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