ARTS VISUELS/ PLASTIQUES

EDWARD HOPPER

Publié le vendredi 12 octobre 2012 09:08 - Mis à jour le jeudi 23 avril 2026 22:01

Les peintres réalistes américains, au premier rang desquels Edward Hopper et Andrew Wyeth, puis ceux du Pop'Art et de l'hyperréalisme vont redonner vie au courant réaliste. Le réalisme avait été un mouvement historiquement circonscrit à tous ceux qui, groupés autour de Gustave Courbet, ont, à partir de 1820, réagi par rapport au classicisme et au romantisme par un retour à l'étude de la nature et aux sujets quotidiens.

Edward Hopper fait trois voyages en Europe entre 1906 et 1910 mais ne subit pas l'influence du cubisme. Il est surtout marqué par les grands peintres européens, Diego Velazquez, Francisco de Goya, Honore Daumier, Edouard Manet dont les œuvres lui avaient été 
 

Autoportrait en 1925-30

 

Son modèle de composition repose sur des formes géométriques grandes et simples à base d'éléments architecturaux mettant en valeur les verticales, horizontales et diagonales et des grands à-plats de couleurs. En simplifiant les formes des personnages mais surtout des ensembles architecturaux, il permet aux objets inanimés d'évoquer des sentiments humains. Pour Hopper, l'élément américain se trouve dans son sujet principal : la grande ville, ses rues et ses bars, ses théâtres et ses hôtels. Cependant, pour lui, la ville n'est pas synonyme de compagnie, en dépit de la foule. Ses peintures incarnent une sensibilité particulière de l'Américain du vingtième siècle aux prises avec l'isolement, la mélancolie, l'attente, le silence, la solitude et un érotisme latent.

Bien qu'une de ses peintures, Sailing, ait été présentée à la célèbre exposition de l'Armory show de 1913 à New York, son travail suscite peu d'intérêt. Il est obligé de travailler comme illustrateur commercial toute la décennie suivante.

En 1925, il peint La maison près de la voie ferrée, une date pour l'art américain car elle marque son arrivée dans son style de la maturité. L'emphase des formes, les angles émoussés et le jeu stricte de la lumière et de l'ombre étaient déjà présents dans ses premiers travaux, mais le ton, une atmosphère de solitude apaisée presque féerique, est nouveau et devient le vrai sujet de sa peinture.

Hopper continuera sur ce modèle pour le reste de sa vie, le raffinant et l'épurant sans en jamais abandonner les principes de base. La plupart de ses peintures dépeignent des scènes à New York ou de la Nouvelle Angleterre, des scènes de campagne et de ville, rues abandonnées, théâtres à moitié vides, stations services, voies de chemin de fer, pièces de maisons. Un de ses travaux les plus connus, Nighthawks (1942, institut d'art de Chicago), montre un café ouvert toute la nuit, ses quelques clients solitaires dans la lueur sans pitié des lumières électriques.
C'est une fenêtre ou une porte qui, dans la plupart de ces tableaux figurent la séparation d'entre le monde réel, où le personnage est seul, et un monde extérieur, souvent hors champ et fantasmé, qui serait plus chaleureux et porteur d'espoir. Le rideau ou le store font souvent un lien discret et fragile entre ces deux mondes.

 

Cinéphile, l’artiste s’est nourri des films de l’âge d’or hollywoodien des années 1930 et 1940. «Quand je n’arrivais pas à peindre, disait-il, j’allais au cinéma pendant une semaine ou plus». Hopper n’a cependant jamais revendiqué la moindre influence particulière du cinéma. Tout au plus dira-t-on que Ombres nocturnes (Night shadows, 1921) évoque un décor urbain à la Chandler, à la Hammet, proche, par exemple du Scarface de Howard Hawks (1932).

Ombres nocturnes (Night shadows, 1921)
Scarface de Howard Hawks (1932)

Peut-être Hopper a-t-il utilisé les techniques de la mise en scène et du cadrage des films noirs expressionnistes des années 30 pour concevoir ses toiles. Le jeu des ombres et des contrastes, la construction d’une image fortement géométrisée en seraient les paramètres les plus évidents. Mais, au jeu des correspondances, c'est toujours le peintre qui est en avance sur le cinéma.

Pour Nighthawks (1942), Hopper affirmait s’être inspiré d’une nouvelle de Hemingway, Les Tueurs, dans laquelle deux tueurs à gages assassinent un ancien boxeur – un récit que Robert Siodmak portera à l’écran en 1946, s’inspirant à son tour de plusieurs tableaux du peintre dans plusieurs décors de ce film. Wim Wenders, dans La fin de la violence, recrée la scène de Nighthawks.

Edward Hopper : Nighthawks (1942)

Alfred Hitchcock reconstituera, selon ses désirs, La maison près de la voie ferrée (1925) en studio pour Psychose (1960).

Edward Hopper : maison près de la voie ferrée (1925)